Le spécialiste des tubes sans soudure a retrouvé des couleurs après des années difficiles, qui l'ont vu enchaîner les restructurations et les levées de capitaux. Grâce à une stratégie axée sur la montée en gamme et une gestion rigoureuse, il est redevenu bénéficiaire en2023. Avec un bilan sans dette depuis2024, il prévoit de redistribuer 650 millions d'euros à ses actionnaires.
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Il fallait s'appeler Vincent Bolloré pour être sorti gagnant de l'aventure Vallourec, le spécialiste des tubes sans soudure. Entré au capital en 2002, il en est rapidement sorti (en 2005), et bien lui en a pris. Les autres actionnaires ont déchanté; l'entreprise ayant connu cinq restructurations à coups d'augmentations de capital dilutives et d'autres techniques d'effacement de dettes, suivies de regroupements de titres. Dans le passé, pourtant, la société avait brillé, car elle a profité d'une formidable aventure industrielle commencée à la fin du XIXesiècle: le laminage de tubes en acier sans soudure, un procédé découvert par les frères Mannesmann. Au début des années 1930, le partenariat noué entre les établissements de Valenciennes, de Louvroil et de Recquignies a donné son nom à la société nouvellement créée: Vallourec.
Une nouvelle histoire
Grâce à de constantes innovations (le joint VAM) et à des partenariats prestigieux (Nippon Steel et Sumitomo Metal Corp), elle s'est imposée dans de nombreuses industries. Toutefois, ses tubes étaient essentiellement destinés au secteur du pétrole et du gaz, évidemment très dépendants des prix du baril. Les crises pétrolières successives ont ébranlé le groupe, dont les usines étaient en grande partie implantées en Europe (Allemagne et France notamment). Vallourec, qui avait connu une période faste entre 2002 et 2008, a commencé à perdre de l'argent à partir de 2014 et ce, jusqu'en 2020. La Covid a failli l'achever. Par ailleurs, à partir de 2009, le groupe a rencontré des problèmes de gouvernance, avec une succession de dirigeants à l'efficacité discutable, notamment pour freiner l'endettement. En 2020, la dette nette se montait à 2,2 milliards d'euros.
Vallourec a fini par transférer progressivement ses sites industriels de l'Europe vers les pays proches de ses clients, soit le Brésil, les Etats-Unis et la Chine. Les fermetures de sites en Allemagne et en France ont été douloureuses pour les salariés, mais les coûts ont baissé. Ensuite, le fonds américain Apollo, qui a participé au sauvetage, a mis à la tête du groupe en mars 2022 un redresseur d'entreprises. Philippe Guillemot a accéléré la baisse des coûts (fermeture du site historique de Saint-Saulve). Ensuite, le dirigeant a complètement modifié la stratégie en privilégiant la valeur au volume, grâce à l'amélioration de la qualité des tubes, devenus premium avec des connexions capables de résister aux pressions les plus fortes (comme en offshore profond). Cette politique de montée en gamme, associée à une meilleure discipline dans la gestion du cash, a permis de redresser la rentabilité, puis de réduire l'endettement. Depuis 2023, la société est bénéficiaire; depuis 2024, son bilan est sans dette, et en 2026, il est prévu de retourner aux actionnaires 650 millions d'euros.
Même si la présence d'ArcelorMittal représente une épée de Damoclès sur le cours (le groupe a cédé des titres et conserve 17,3% du capital, qu'il va sans doute continuer de vendre), le travail sur les coûts permet au groupe de mieux résister aux cycles. La guerre au Moyen-Orient va conduire à une diversification géographique des futurs projets pétroliers. Achat, objectif de 30 euros.
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